Les Dévoreuses

Bibliothèque féministe

Les Dévoreuses sont le pôle bibliothèque de l’association féministe La Trousse à outils.

Permanence chaque dernier mercredi du mois de 18h à 20h30 à Pol-n, 11 rue des Olivettes, Nantes

Littérature

  • Ce mois-ci j’ai dévoré… Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon

    Ce mois-ci j’ai dévoré… Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon


    Dans ce texte d’autofiction propre à sa génération (je pense à Wendy Delorme ou Chloé Delaume), et qui est un texte commandé par la maison d’édition pour la collection Nuit au Musée, Lola Lafon passe une nuit dans l’espace confiné dans lequel Anne Franck a passé les dernières années de sa vie.

    De cette expérience, l’autrice relate la sienne, celle de sa famille et par plusieurs angles nous fait entrer en résonance avec le personnage galvaudé d’Anne Franck. Elle nous apprend que ce n’est pas une petite fille victime du nazisme dont le journal intime touchant de naïveté nous est parvenu, mais une jeune femme autrice, témoin consciente de la situation politique dans laquelle elle grandit, et dont le manuscrit sensible nous est parvenu malgré un long chemin de censure et de récupération douteuse. Derrière un nom tristement connu, elle réhabilite la figure de l’autrice, donne définitivement envie de lire ou relire son journal, mais aussi de lire et relire Quand tu écouteras cette chanson, un texte poétique, émouvant et dont on sort grandit.

    article écrit par Coral


  • Ce mois-ci j’ai dévoré… Pleines de Grâce de Gabriela Cabezón Cámara

    Ce mois-ci j’ai dévoré… Pleines de Grâce de Gabriela Cabezón Cámara

    Écrit en 2009 et traduit du castillan argentin en français en 2020, j’ai plongé dans ce roman comme dans le bassin de carpes que les habitant.es de la favela (en fait appelés villas en Argentine) construisent sur demande de la Vierge. Le récit est puissant, visuel et coloré. Les narratrices sont deux femmes de milieux différents qui s’alternent le récit de ce qui a précédé leur rencontre, le chemin parcouru ensemble dans la villa et après les évènements tragiques qui s’y produisent. À la manière des guerrières d’Amérique du Sud, elles ne s’excusent pas de haïr les flics et les mafieux (souvent les mêmes), de sortir les armes pour se défendre et protéger les sien.nes. L’immersion dans une culture bien différente de la culture européenne est réelle, avec tout ce qu’elle comporte de violence (soyez prévenues) mais aussi de danse, de musique et de dévotion aux figures saintes.

    Une citation choisie : « Vous êtes vraiment casse-couilles. Qu’est-ce que j’en sais moi, pourquoi des carpes. C’est des beaux poissons, que voulez-vous de plus, bordel, qu’on cultive des dauphins au milieu du terrain vague ? La Vierge a dit des carpes, pas des requins ni des baleines alors arrêtez de m’emmerder. Vous ne pouvez pas remettre en question le moindre mot que prononce la Sainte Mère. ».

    Une lecture bien vivante et animée avec une fin à la hauteur du reste du récit.

    L’autrice Gabriela Cabezón Cámara est une militante féministe à l’origine du mouvement NiUnaMenos

    article écrit par Coral


  • Ce mois-ci j’ai dévoré… La Petite Dernière de Fatima Daas

    Ce mois-ci j’ai dévoré… La Petite Dernière de Fatima Daas

    Alors que l’adaptation cinématographique sort en salle, j’en ai profité pour lire le roman La Petite Dernière écrit par Fatima Daas et sorti en 2020. Roman oui, mais d’autofiction dans lequel Fatima Daas parle à la première personne, et est « la petite dernière » de sa famille. Ceci, on le sait car c’est répété à chaque début de chapitre, ou presque. Ce texte, qui est en fait une lettre dont on ne connaît la destinatrice qu’à la fin, se présente comme un exercice de style, ou un devoir de fin de master d’écriture créative, dont l’autrice sort tout juste à la parution du roman.

    Les thèmes abordés sont passionnants : le chemin de la narratrice entre l’éclosion de son lesbianisme en parallèle de la quête religieuse, la difficulté à trouver sa place entre les attendus et le poids de sa culture familiale et de la religion musulmane qu’elle souhaite adopter, et son incapacité profonde à se trouver, s’exprimer et s’accepter.

    Le style en revanche m’a laissé frustrée. Chaque phrase est suivi d’un saut à la ligne, créant une tension qui n’est pas justifiée. Des successions d’anecdotes, au milieu desquelles se dessine une trame fragile (une histoire d’amour non-réciproque), et des informations au compte-goutte qui peint un portrait parfois contradictoire, souvent désincarné et froid, le tout dans une chronologie un peu flou.

    Alors, le lire ? Peut-être parlera-t-il davantage à celles qui se reconnaisse dans le personnage et son vécu. Sinon, espérons que le film résolvent les problèmes que j’ai trouvé au livre.

    article écrit par Coral